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![]() ![]() Allocution du Centre Paul Sauvé, Montréal (Québec), le 14 mai 1980Monsieur le Président, (Applaudissements) Merci. Merci beaucoup. Merci beaucoup. (Applaudissements) NON, MERCI BEAUCOUP (Applaudissements) Je voudrais tout d'abord vous dire merci pour cette façon de m'accueillir. Je crois qu'il est évident, dans cette assemblée immense,-il est évident, que nous vivons des journées historiques. (Applaudissements) � lorsque nos enfants, et peut-être si nous avons de la chance, nos petits-enfants, nous demanderont, dans vingt, dans trente ans: (Applaudissements) Je voudrais, ce soir, vous inviter à réfléchir sur la question qui nous est posée et sur les conséquences des réponses que nous pouvons donner à ces questions. (Dans la salle : NON) � ce qui est la Souveraineté. (Dans la salle : NON) Et si, dans cette salle, nous répondons NON, il y a, dans d'autres salles, dans d'autres parties de la province, des gens qui répondent : OUI; qui veulent vraiment, honnêtement la Souveraineté. (Dans la salle : SH00) Je suis de votre avis: c'est une option erronée, c'est une option qui veut, comme le disait Jean Chrétien, que nous n'envoyions plus de députée québécois pour nous gouverner, dans le Canada : c'est une option qui veut dire : l'indépendance; une option qui veut dire: la séparation du Québec du reste du pays. A cela notre réponse est NON. (Dans la salle : NON). Mais ce n'est pas à ceux qui sont pour ou contre la Souveraineté que je voudrais m'adresser ce soir. Après le référendum, j'espère que nous continuerons de nous respecter dans notre divergence; que nous respecterons l'option qui aura été exprimée librement par ceux qui sont pour ou contre l'indépendance du Québec. (Applaudissements) Donc, dans cette question, il y a la Souveraineté et il y a tout le reste. C'est à ces OUI par fierté, à ces OUI par incompréhension de la question, c'est à ces OUI pour augmenter le pouvoir de négociation, c'est à ces indécis qui titubent sur le bord du OUI que je m'adresse ici ce soir, parce qu'il faut se demander : qu'est-ce qui va arriver dans le cas d'un OUI, comme dans le cas d'un NON? Et, c'est à ces indécis, à ces OUI par fierté, c'est à ces OUI fatigués et tannés qu'il faut, dans ces derniers jours, s'adresser. (Applaudissements) Ce n'est pas moi qui le dis tout seul. Ce n'est pas monsieur Clarke. Ce n'est pas monsieur Broadbent. Ce n'est pas seulement les neuf premiers ministres des autres provinces. Ce sont les soixante-quinze députés élus par cette province pour aller les représenter à Ottawa� (Applaudissements) �qui disent : un NON, ça veut dire du changement. (Applaudissements) Si je m'adresse solennellement à tous les Canadiens des autres provinces, nous mettons notre tête en jeu, nous, députés québécois, parce que nous le disons aux Québécois de voter NON, et nous vous disons à vous des autres provinces que nous n'accepterons pas ensuite que ce NON soit interprété par vous comme une indication que tout va bien puis que tout peut rester comme c'était auparavant. (Applaudissements) Voilà donc notre attitude dans le cas du NON. Mais, monsieur Lévesque m'a demandé : Mais, quelle sera votre attitude dans le cas où la population québécoise répond majoritairement OUI? (Applaudissements) Il n'y a pas de négociation, parce que voyez-vous, monsieur Lévesque, l'Association, ça prend au moins une autre personne pour s'associer. (Applaudissements) Monsieur Lévesque continue de répéter : Puis la démocratie, qu'est-ce que vous en faites si le peuple québécois votait majoritairement OUI? Est-ce que vous ne seriez pas obligés par les lois de la démocratie de négocier? (Dans la salle : NON) Mais non! (Applaudissements) La démocratie peut exprimer le v�u des Québécois, mais ça ne peut pas lier les autres à vouloir faire, ceux qui n'ont pas voté dans les autres provinces, à vouloir faire ce que le Québécois décide. Vous avez dit : Voulez-vous la Souveraineté à condition d'avoir en même temps l'Association? (Applaudissements) Moi non plus, je n'ai pas de mandat, parce que, voyez-vous, nous venons d'être élus le 18 février, il n'y a pas deux mois de ça, nous venons d'être élus en force par la province de Québec, précisément pour faire des lois pour la province de Québec. (Applaudissements) Par contre, si monsieur Lévesque, par miracle, c'est le cas de le dire, frappait à l'autre porte et disait : J'ai un mandat pour négocier, je voudrais négocier un fédéralisme renouvelé, la porte serait grande ouverte. Je lui dirai : Ce n'était pas la peine de tenir un référendum pour ça, mais puisque vous voulez ça, c'est ça que vous voulez négocier, entrez. (Applaudissements) �n'allez-vous pas dire que c'est votre devoir puisque le peuple a rejeté la Souveraineté et l'Association, n'est-il pas de votre devoir d'être un bon gouvernement et d'empêcher le statu quo que vous blâmez tant et de vous joindre à nous pour changer cette Constitution. Monsieur Lévesque nous a dit : On va continuer de tourner en rond. (Applaudissements) Ce qui veut dire que nous sommes dans une impasse et que ceux qui votent OUI doivent le savoir dès maintenant que le OUI va conduire soit à l'indépendance pure et simple, soit au statu quo, c'est ça l'option du OUI : l'indépendance du Québec, la séparation du Québec, ou alors le statu quo, pas de changement, parce que monsieur Lévesque refuse de négocier. (Applaudissements) OUI OU NON? (Applaudissements) Vous le savez, vous, les militants du NON, vous savez les divisions que cause cette période référendaire. Vous le savez le partage à l'intérieur d'une même famille. Vous savez les haines entre voisins que cela crée. Vous savez l'écartèlement que ça produit entre les générations. Vous savez cette longue méfiance qui durera longtemps entre les tenants du OUI et les tenants du NON. (Applaudissements) Voici un parti qui était autrefois séparatiste, qui était autrefois indépendantiste, qui est ensuite devenu seulement souverainiste et ensuite pour la Souveraineté-Association, puis ensuite même par la Souveraineté-Association, ce n'est rien que pour négocier. Voici un parti qui, au nom de la fierté, a dit aux Québécois : "Tenez-vous debout, nous allons avancer sur la scène du monde pour nous affirmer". (Applaudissements) Eh bien, c'est parce qu'il savait, le parti Québécois, que la réponse de la grande majorité des Québécois à la question : VOULEZ-VOUS CESSER D'ÊTRE CANADIENS ? La réponse aurait été NON, et c'est pour cela qu'il a raté son entrée sur la scène du monde. (Applaudissements) Alors, il faut dire, indépendant même de toute cette question alambiquée il faut dire NON à l'ambiguïté. Il faut dire NON aux subterfuges. Il faut dire NON au mépris, parce que c'est là qu'ils en sont rendus. (Applaudissements) Bien sûr, mon nom est Pierre Elliott Trudeau. Oui, Elliott, c'était le nom de ma mère, voyez-vous. C'était le nom des Elliott qui sont venus au Canada il y a plus de deux cents ans. C'est le nom des Elliott qui se sont installés à Saint-Gabriel de Brandon où vous pouvez encore voir leurs tombes au cimetière, il y a plus de cent (100) ans, c'est ça les Elliott. (Applaudissements) Laissez-moi vous dire le ridicule dans lequel cette sorte d'argumentation méprisante de monsieur Lévesque tombe, puisqu'il choisit de qualifier mon nom. (Applaudissements) Et puis d'après le journal d'hier, le chef de la bande des Micmacs, à Restigouche, quinze cents (1500) Indiens, son nom à lui : Ron Maloney. Ce n'est pas un Québécois ? Ca fait rien que deux mille (2,000) ans qu'ils sont là, les Indiens. Ce n'est pas un Québécois? Mes chers amis, Laurier disait quelque chose en 1889, il y a presque cent (100) ans, qu'il vaut la peine de lire, ces quatre (4) lignes: (Applaudissements) Mes chers amis, les Péquistes nous disent souvent : Le monde nous regarde, sachons nous tenir debout; le monde nous regarde, le monde entier surveille ce qui se passe dans notre démocratie; montrons-leur notre fierté. (Rires) C'est un document historique parce que dans tout ce dépliant, on trouve des expressions comme : NEGOCIER SERIEUSEMENT - UN PROJET QUEBECOIS - UN MEILLEUR CONTRAT AVEC LE RESTE DU Canada - UNE ASSOCIATION D'EGAL A EGAL - LES NEGOCIATIONS - UN AUTRE REFERENDUM. (Dans la salle : NON) NON. Nous sommes contre l'indépendance. Le monde nous regarde, bien sûr. Le monde va nous regarder un peu étonné, je vous l'avons-because in today's world� (Applause) �you see, things are unstable, to say the least. The parameters are changing, to use a big word. And that means that there is fire and blood in the Middle-East, in Afghanistan, in Iran, in Vietnam; that means that there is inflation which is crippling the free economy; that means that there is division in the world; that means that there is perhaps a third of the human race which goes to bed hungry every night, because there is not enough food and not enough medicine to keep the children in good health. (Applause) �a country which is composed of the meeting of the two most outstanding cultures of the western world: the French and the English, added too by all the other cultures coming from every corner of Europe and every corner of the world. And this is what the world is looking at with astonishment, saying: These people think they might split up today when the whole world is interdependent? When Europe is trying to seek some kind of political union? These people in Québec and in Canada want to split it up? (Dans la salle : NON) They want to take it away from their children?� (Dans la salle : NON) �they want to break it down? NO. That's what I am answering. (Applaudissements -NON, NON, NON) I quoted Laurier, and let me quote a father of Confederation who was an illustrious Quebecer: Thomas D'Arcy McGee: The new nationality-he was saying-is thoughtful and true; nationalist preferences, but universal in its sympathies; a nationality of the spirit, for there is a new duty which especially belongs to Canada to create a state and to originate a history which the world will not willingtly let die. (Applaudissements) Il y a un devoir disait D'Arcy McGee, un devoir qui incombe spécialement aux Canadiens de faire survivre un état et de produire une histoire que l'humanité ne voudra pas facilement laisser mourir. (NON-Applaudissements) Retour au haut de la page Source : Trudeau, Pierre Elliott. Transcription de l'allocution du très honorable Pierre Elliott Trudeau du Centre Paul Sauvé, Montréal, Québec, le 14 mai 1980. [Ottawa] : Cabinet du Premier ministre, 1980. 25 p. |