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Traduction de : The Dominion campaign! : Sir John Macdonald on the questions at issue before the people : the Premier's great speech before the workingmen of Toronto


Une grande assemblée des électeurs de Toronto a eu lieu dans l'Amphithéâtre mardi soir, le 30 mai, sous les auspices de la National Workingmen's Union of Canada. M. J. Ick Evans présidait. Sir John Macdonald, le principal orateur de la soirée, des acclamations enthousiastes l'ont accueilli. Une fois le calme revenu, Sir John a pris la parole:

Retrouvailles de vieux amis. M. le Président, Messieurs. Quand je contemple de cet endroit cet amphithéâtre bondé, j'ai l'impression d'être le bon vieux Rip Van Winkle (éclats de rire) qui aurait dormi pendant trois ans; je retrouve ici le même lieu, la même foule, les mêmes amis, le même enthousiasme, les mêmes partisans que j'avais ici-même en 1878 (bruyantes acclamations, une voix: «Et plus encore!»)

Sir John Macdonald  --  Oui; comme un de mes amis le dit derrière moi, une plus grande foule; car, grâce à la P.N., Toronto a grandi, la population s'est accrue, vous êtes tous plus prospères, vos chapeaux ont bien meilleure allure (rires) ainsi que vos manteaux (acclamations et rires). Et, je dois le dire, moi l'aristocrate bouffi, moi le fonctionnaire, je ne vais pas trop mal non plus après avoir touché mon salaire pendant trois ans (rires renouvelés). Je me félicite donc moi-même, ainsi que vous, et le pays, puisqu'après trois ans, je reviens et je retrouve l'enthousiasme, l'espoir  --  et pas seulement l'espoir, mais la certitude de l'avenir (bruyantes acclamations). Considérons l'année qui a précédé le 17 septembre 1878. Souvenons-nous de cette ère de dépression, de cᅵurs découragés, de poches vides, de garde-manger vides («Bravo, bravo», et acclamations) et gardons à l'esprit que depuis l'inauguration de la Politique nationale, la population de notre pays est prospère, satisfaite et heureuse; quant au Canada, il occupe l'une des meilleures places au monde en termes de crédit, de ressources, de renom, de réputation et d'accomplissements (acclamations). M. le Président, je dois beaucoup, moi et ceux qui travaillent avec moi  --  à la population de Toronto, aux travailleurs de Toronto (bruyantes acclamations).

C'est sur cette tribune que la première étincelle d'espoir est apparue (applaudissements). C'est ici qu'est née la vague d'enthousiasme qui s'est étendue à tout le Dominion (acclamations). C'est ici que furent posés les fondements de la Politique nationale (acclamations). Et dites-moi, n'est-ce pas une noble, une magnifique superstructure qui a été érigée sur le fondement que vous, les travailleurs de Toronto, avez préparé avec tant de succès en 1878 (applaudissements)? Vous m'avez fait confiance, messieurs  --  et même si mes opposants ont prétendu que ma politique n'était que de la poudre aux yeux, que la ligne de conduite que j'avais adoptée au Parlement, cette ligne de conduite que l'opposition conservatrice avait aussi adoptée dans le but de sauver le pays de la dépression, n'était qu'une promesse politique, que lorsque nous accéderions au pouvoir nous n'implanterions pas cette politique, qu'il n'y aurait pas de Politique nationale, pas de réajustement des tarifs, aucun effort pour encourager nos industries, notre agriculture, nos manufactures et nos mines, que notre politique n'était qu'une simple combine, et que nous n'étions pas sérieux  --  oui, malgré toutes ces déclarations, nous avons appliqué notre politique (acclamations). J'en appelle à votre témoignage en tant que travailleurs : avons-nous oui ou non tenu toutes les promesses que j'ai faites avant de prendre le pouvoir? Les tarifs que vous attendiez n'ont-ils pas été adoptés? Les industries que j'avais déclaré vouloir encourager n'ont-elles pas été développées? La consternation n'a-t-elle pas fait place à l'espoir, à l'esprit d'entreprise et à l'activité dans chaque secteur des affaires, publiques et privées (acclamations)? Il est vrai, messieurs, que les manufactures et les industries que nous avons établies ou essayé d'établir en sont encore au stade de l'enfance. Ces choses prennent du temps. Vous ne pouvez semer aujourd'hui et récolter demain. Mais nous avons semé les graines, et ce bien plus rapidement, bien plus promptement que même moi  --  aussi confiant que j'étais du succès de cette politique  --  je m'y attendais; elle a grandi, et elle annonce maintenant la certitude d'une récolte à venir qui sera enviée et recherchée par tous les autres pays du monde (acclamations). M. le Président, même si nos progrès sont énormes, nous sommes encore en plein développement, espérant et croyant en une floraison et une maturité précoces. Pourquoi ne sommes-nous pas encore arrivés à la maturité? C'est peu, trois ans, mais dans cette période, nous avons déjà fait beaucoup. Pourquoi, alors, je vous le demande, n'avons-nous pas fait plus? Parce que nous avons dû faire face à une opposition sans scrupules, une opposition non patriotique (bruyantes acclamations).

Les membres de cette opposition ont dit aux investisseurs: «Il est inutile d'investir votre argent dans les manufactures du Canada, parce que l'actuel gouvernement ne durera pas plus de cinq ans. La prochaine élection balaiera tout, nous reprendrons le pouvoir, nous adopterons une politique de libre-échange, et nous éliminerons tout ce qui assure la prospérité du pays aujourd'hui.» C'est bel et bien ce qu'ils disaient; mais moi, je vous dis  --  et ce n'est pas une simple supposition, c'est une certitude, un fait que je vous révèle  --  que des millions de dollars attendent d'être investis au Canada; des millions en Angleterre, de gros montants aux États-Unis attendent de venir au Canada, attendent d'être investis dans tous les types d'industries, dans les mines et les manufactures de tous genres; mais les investisseurs nous disent : «Votre opposition dit que votre politique n'est que le résultat d'une folie temporaire qui s'est emparée du peuple du Canada en 1878, parce qu'alors les temps étaient mauvais, mais que la vapeur sera renversée à la prochaine élection.» (Cris de «Jamais, jamais.») Ils disent qu'après la prochaine élection, sir John Macdonald et la Politique nationale vont disparaître, et nous jouirons alors de la pureté, de l'économie et du libre-échange des libéraux. (Cris renouvelés de «Jamais».) Je vous entends, messieurs, et je sais que vous avez raison. Les investisseurs ont, par leur dur travail et leurs grandes industries, amassé leur capital petit à petit, et ils sont naturellement prudents en ce qui touche leurs investissements. Ils n'aiment pas placer leur argent dans une entreprise incertaine; et ils nous ont écrit, à moi et à Sir Leonard Tilley : «Nous sommes prêts à investir de grosses sommes d'argent; le Canada est un pays propice aux entreprises; de tous les pays, c'est celui où il est le plus facile d'implanter et d'exploiter des manufactures, mais M. Mackenzie nous a dit»  --  et, monsieur le Président, cela a été dit dans l'enceinte du Parlement du Canada, et je l'ai entendu, et cela a été publié dans le journal des débats  --  «que le protectionnisme est une folie et un crime national et qu'il doit être abandonné». Et sir Richard Cartwright, avec ses façons de calculer pour le moins déroutantes («Bravo, bravo», et rires), lui, le gardien de la conscience financière d'Edward Blake, a dit... quoi? Que tout protectionnisme était du vol légalisé (rires). Les investisseurs ont donc peur d'investir dans ce pays. M. Blake a dit dans son discours : «Pourquoi ces messieurs dissolvent-ils le Parlement et déclenchent-ils des élections? Pourquoi demandent-ils le verdict du peuple alors qu'ils auraient pu rester au pouvoir dix-huit mois de plus?» Notre réponse fut la suivante: Nous voulons que le peuple nous dise si, après l'avoir essayée pendant trois ans, il est résolu à adhérer à cette politique ou s'il veut faire volte-face. (Cris de «Jamais».) Ça montre au moins que nous, qui sommes supposément prêts à tout pour nous faire réélire, nous les aristocrates imbus de nous-mêmes, nous avons agi de façon désintéressée pour une fois (forts éclats de rires et acclamations). Oui, je vais chercher dans vos poches un salaire de 8 000 $ par année en tant que Premier ministre (cris de «Vous le méritez.»)... et j'aurais pu rester tranquillement en fonction pendant encore dix-huit mois. Je n'étais pas obligé de déclencher cette élection, mais je me suis privé de 12 000 $ de salaire pour pouvoir me présenter devant vous, le peuple du Canada, et vous demander si vous vouliez que la P.N. soit maintenue ou pas (bruyantes acclamations). Les voix enthousiastes autour de moi ne me laissent nullement douter que le peuple soutiendra la politique nationale (acclamations).

Ces voix ne font que répéter, réaffirmer la réponse qui sera donnée à chaque bureau de scrutin dans tout le Dominion. Je suis confiant que, lors de ces élections, le pays déclarera que la politique calmement et délibérément adoptée en 1878 restera la politique du Canada pour les cinq prochaines années. Voilà pourquoi nous avons fait appel au peuple, parce que, comme je l'ai déjà dit, nous savons que l'argent attend d'être investi, et que tout ce que les investisseurs du Canada, d'Angleterre, des États-Unis, et même de France et d'Allemagne, veulent, c'est l'assurance que ce pays est déterminé à conserver sa Politique nationale telle qu'implantée en 1878 (acclamations). Si, comme j'en suis sûr, la voix du peuple confirme la décision prise en 1878, je pourrai me retirer en pleine gloire. (cris de «Non.») J'ai mené le bon combat et je pourrai alors laisser ma place à des hommes plus jeunes et plus forts. (cris renouvelés de «Non.») J'ai implanté une politique qui, je le crois encore maintenant, était dans l'intérêt du pays (bruyantes acclamations). J'ai implanté cette politique et le pays m'a soutenu. Et au bout de cinq ans, les manufacturiers auront généré un capital important, les travailleurs, les ouvriers spécialisés ou non dans l'entourage de ces diverses industries seront devenus puissants, les investisseurs auront fondé des associations, les travailleurs seront unis en syndicats, et ils mèneront le combat ensemble (bruyantes acclamations). Capital et travail iront main dans la main et ils tueront dans l'ᅵuf toute tentative de ramener ce pays à ce qu'il était avant, un simple pays agricole, dont toute la main-d'ᅵuvre spécialisée va chercher de l'emploi aux États-Unis; non, ces travailleurs spécialisés resteront chez nous. («Bravo, bravo.») Investisseurs et travailleurs s'uniront, et, au bout de cinq ans, je défie sir Richard Cartwright, avec ses titres longs comme le bras, ou M. Blake, ou tous les libres-échangistes, de John Stuart Mill à David Mills (rires bruyants et acclamations) de s'emparer de la structure que le peuple du Canada aura érigée (acclamations renouvelées). Ce pays, béni sous tous ses aspects, avec son sol fertile, son climat magnifique, son peuple industrieux, sa population manufacturière consommant les produits de la ferme, ira de l'avant, et aucune tentative des théoriciens et des philosophes (rires) ne pourra cacher l'état de fait actuel, à savoir que le Canada deviendra, comme notre mère patrie, fameux pour ses industries manufacturières de toutes sortes et pour son développement agricole, parce qu'il possède tous les atouts pour devenir une grande nation. (bruyantes acclamations, et une voix: «On ne veut plus de la soupe populaire.») J'entends une remarque à l'effet que nous ne voulons plus de la soupe populaire. Messieurs, je me suis adressé à un corps de travailleurs à Ottawa, l'autre jour, et j'ai dû...comparer l'état actuel du pays à celui d'il y a cinq ans, quand M. Mackenzie était au pouvoir. J'ai mentionné, et vous vous souvenez sans doute que cela a été mentionné dans tous les journaux de l'époque, qu'il n'y avait en fait pas d'emploi pour les travailleurs, et que l'édifice du Parlement et les bureaux du gouvernement étaient encerclés d'hommes demandant les moyens de gagner leur pain, demandant des quarts ou des demi-journées de travail et de salaire pour supporter leur famille. Je l'ai vu moi-même, à Ottawa. J'étais dans l'opposition, mais j'ai vécu là un an et demi avant de venir à Toronto, et ma maison a été assiégée par des personnes me demandant un emploi, un travail qui les empêcherait de tomber dans la mendicité. Aujourd'hui, tout est différent. Nous avons fait volte-face (acclamations). J'ai raconté l'histoire suivante aux travailleurs d'Ottawa. Voilà des années, alors que le Parlement siégeait à Toronto, nous avions une session de cinq mois. Je faisais partie du gouvernement et je menais un combat très dur, parce que l'opposition était menée par un homme  --  George Brown  --  un homme fort, qui en avait fait une opposition forte. Nous sommes finalement passés au travers, et au son du canon annonçant l'arrivée du gouverneur général pour mettre fin à la session, l'un de mes grands amis est venu me voir et m'a dit: «John A., ne te soucie plus de nous, maintenant; quand le Gouverneur arrivera, nous devrons partir; tu n'as plus à t'en faire.» «Non, mon bon ami, lui dis-je, je t'ai fait des courbettes pendant les cinq derniers mois, et maintenant, tu vas m'en faire pendant les prochains sept mois (Rires).» C'était comme ça avec les travailleurs d'Ottawa. Pendant quatre ans, ils ont erré çà et là, implorant les gens de leur donner du travail. Maintenant, à Ottawa, tout a à ce point changé que si je veux faire faire quelque chose, je n'y arrive pas, parce que tous les hommes travaillent (bruyantes acclamations), et je crois qu'il en va de même à Toronto, à Hamilton et ailleurs. Les choses ont changé, et espérons que ça durera longtemps (acclamations enthousiastes). À chaque session des trois dernières années du gouvernement de M. Mackenzie, j'ai présenté un amendement en faveur de la Politique nationale, mais il a été tourné en dérision, on s'en est moqué, et il a été rejeté au vote. J'ai été traité avec mépris, comme un théoricien incapable d'imaginer une politique pratique, qui dit des sottises pour favoriser des objectifs tout aussi sots. Dès que nous avons pris le pouvoir nous avons présenté la Politique nationale. Pendant tout un mois, nuit et jour, messieurs Mackenzie, Blake, Mills, Sir Richard Cartwright et tout leur parti se sont opposés à notre tarification, à la fois en principe et dans les détails. Le Globe, messieurs, qui expose avec brio les arguments de l'opposition, défendait alors le libre-échange et le défend encore. Il y a encore trois semaines, il avançait des arguments en faveur du libre-échange. Maintenant, au dernier moment, ces messieurs, s'apercevant qu'ils vont devoir rendre des comptes au peuple, et cherchant à obtenir leurs votes, viennent à vous, chapeau bas, et vous disent : «Messieurs, nous n'avons pas du tout l'intention de nous opposer aux manufacturiers» (éclats de rire). Voyons, Messieurs, sont-ils fous ou malhonnêtes? Ils sont fous s'ils se sont opposés à une politique dont ils reconnaissent maintenant le bien-fondé, ou malhonnêtes pour s'y être opposés pour des objectifs partisans. Que disent-ils maintenant? M. Mackenzie dit: «Nous ne voulons pas inquiéter les manufacturiers; nous allons leur expliquer le Libre-échange petit à petit; nous dévoilerons au peuple les erreurs du protectionnisme.» On dirait l'histoire de ce Hollandais qui essayait de rationner la nourriture de son cheval petit à petit, d'un demi-boisseau d'avoine à un brin de paille, pour économiser ce qu'il appelait ce gaspillage d'avoine. Malheureusement, alors que son expérience était sur le point de réussir, le cheval est mort (éclats de rire). Il en va de même de la proposition de M. Mackenzie, de la proposition de M. Blake, dans le discours qu'il a prononcé devant les électeurs de West Durham. Mais peut-être que M. Blake ne sera pas élu. Il y a un homme, qui s'oppose à lui (éclats de rires et acclamations). M. Blake dit: «En effet, les dépenses du pays sont si élevées que nous devrons continuer à percevoir les taxes actuelles pour le moment, mais nous allons les réduire petit à petit et libérer le peuple de ce fardeau.» Mais, messieurs, le cheval va mourir, les usines vont fermer leurs portes et nous devrons revenir à la situation de 1875-1877, et il vous faudra endurer cette terrible perte parce que je serai trop vieux pour encore essayer de remédier au problème. (voix: «J'espère que vous ne vieillirez jamais.») Et bien, on dit au Parlement que je suis trop vieux pour mes amis de l'opposition (éclats de rires). Vous, le peuple du Canada, vous savez quel parti a jeté les bases du grand principe du protectionnisme national, et vous avez porté au pouvoir un gouvernement capable de l'appliquer. Vous savez que l'actuel gouvernement a honnêtement et sincèrement appliqué cette politique, même s'il a encouru des reproches venant d'Angleterre pour avoir agi de la sorte. Nous désirons tous être en bons termes avec notre bonne vieille Mère Patrie, mais son peuple est le juge de ses intérêts, et nous des nôtres (acclamations). Même si le libre-échange prévaut actuellement en Angleterre, même si nous avons été réprimandés, même si j'ai été pris à partie par les journaux anglais, qui disaient que Sir John était trop intelligent pour soutenir des notions aussi éculées que le protectionnisme et la juste valeur marchande, nous avons quand même, de façon honnête et équitable, appliqué cette politique. Nous avons résisté à tous les abus dont nous avons été l'objet, et nous continuerons dans ce sens, avec votre support (acclamations). Je ne vais pas faire un long discours, ce soir. (cris de: «Allez-y.», «Nous aimons vous écouter.») Comme bien des gens âgés, j'aime m'écouter parler (éclats de rires) mais je dois quand même laisser du temps aux autres, même si ce n'est pas évident que leurs discours seront forcément aussi intéressants que le mien (éclats de rire), je dois faire semblant d'être modeste et les laisser venir vous parler. Et puis, vous êtes tous des hommes instruits, sans doute bien informés sur ce sujet qui a été discuté tout au long de ces cinq dernières années. Ce serait faire insulte à votre intelligence que de discuter maintenant la doctrine abstraite du protectionnisme et de la Politique nationale. Vous vous êtes fait une opinion sur ce sujet, et mes faibles arguments sont inutiles. Vous connaissez la Politique nationale, vous en avez ressenti les bienfaits, et vous avez décidé, pour le pays, pour vous et pour vos enfants, de la conserver (acclamations).

Le devoir du gouvernement central La civilisation s'est toujours vantée de pouvoir protéger les droits de la propriété. Il y a eu une attaque  --  une attaque absurde, sans cause, contre les droits de propriété d'un humble individu, qui l'a ruiné, ainsi que sa propriété  --  une attaque contre les tribunaux de ce pays, qui a créé un élément d'incertitude dissuadant les gens d'Allemagne et d'Angleterre de venir ici, car elle aurait démontré que les droits de propriété n'étaient garantis pour personne, et que la législature pouvait les reprendre à tout moment. Ce projet de loi s'en est pris aux racines mêmes de la prospérité et de la réputation du Dominion. Et moi, monsieur le Président, en tant que premier ministre, principal responsable du bon gouvernement de ce pays, répondant au représentant de notre Souverain, je serais accusé à juste titre de manquer à mes obligations si je ne respectais pas les droits de propriété. («Bravo, bravo.») Quelle importance si mon action soulevait une tempête d'opprobres et d'impopularité? Dans ma position, c'est mon devoir de ne pas craindre l'impopularité, de faire même ce qui pourrait m'être préjudiciable aux yeux de certains, si, en toute conscience, je crois que c'est bon pour le pays, et de protéger les droits de propriété dans la communauté, quitte à perdre la position que je détiens (acclamations). J'assume donc la responsabilité de cette action, et je récidiverais si nécessaire (bruyants applaudissements). Je dis que, quelque humble et impuissant qu'un homme puisse être, s'il a des droits, et si un gouvernement ou une législature, ivre de pouvoir, ou dans un but politique ou autre, lèse ces droits, je serai là, et quelles qu'en soient les conséquences, même si je suis radié de mes fonctions le lendemain, je soutiendrai ces droits (acclamations) et j'aurai, quoiqu'il arrive, la consolation de savoir qu'après réflexion, toute la nation se rendra à l'évidence et conclura que je fus un serviteur bon et fidèle pour avoir agi ainsi (acclamations renouvelées), même si je me suis ainsi attiré les foudres de monsieur Olivier Mowat (bruyants éclats de rires).

La nécessité de travailler dur. Messieurs, je dois vous demander de faire preuve de diligence, dès aujourd'hui et jusqu'au 20 juin (éclats de rires et acclamations). Je ne crains pas le résultat final si vous travaillez fort. Ne vous laissez pas assoupir; ne soyez pas trop sûrs de vous. J'ai répété maintes fois que les deux choses les plus imprévisibles au monde sont une élection et une course de chevaux (éclats de rires). Ne laissez pas le cheval de l'opposition battre la bonne vieille rosse de la P.N. par un nez (applaudissements). N'oubliez pas cependant que vous combattez contre des puristes, et que dans leur camp, on utilise cette chose appelée argent. («Bravo, bravo.») «Oh! Les puristes ne se servent jamais d'argent!» dites-vous; mais n'oubliez pas que l'un des principaux partisans du parti libéral, H.H. Cook  --  cet excellent homme  --  a reconnu avoir dépensé jusqu'à 28 000 $ pour sa campagne électorale. (Une voix : Et comment!  --  Une autre voix : Et il y a aussi Walker.)

Sir John Macdonald : Oui; le monsieur qui a écrit : «Allons, John; éliminons les pots-de-vin et la corruption; j'ai beaucoup d'argent.» (Une autre voix: Et Paddy Hughes!)

Sir John Macdonald  --  M. Hughes est l'un de mes compatriotes (éclats de rires.), nous ne dirons donc rien à son sujet. C'est bien sûr un homme honorable; il a essayé de décrocher le gros lot, il s'y est cassé une dent, et il s'en est bien repenti (bruyants éclats de rires). Mais, messieurs, très sérieusement, je veux avertir mes amis de ne pas se reposer sur leurs lauriers, ni s'imaginer que l'excellence de leur cause ou le fait que la majorité soit en faveur de la Politique nationale suffiront à prévenir les erreurs. Une minorité active triomphera de la plus grande majorité au monde, si cette majorité est inactive. («Bravo, bravo.») Je vous le dis, je n'hésite à vous dire que je suis sûr d'une majorité écrasante que parce que mes amis, sachant cela, et étant conscients de la justesse de notre cause, pourraient se reposer sur leurs lauriers et rester à la maison. Messieurs, ceux qui agiront ainsi assumeront une lourde responsabilité; si nous perdons, ils devront subir jusqu'à leur mort les reproches de leur conscience qui les accusera d'avoir été, par leur négligence, l'instrument de la ruine de leur pays. («Bravo, bravo.»)

Le projet de loi de redistribution

(Une voix: Et le projet de loi de redistribution?)

Sir John Macdonald: Quelqu'un me demande ce qu'il est advenu du projet de loi de redistribution.

M. Plumb: Je pense avoir été redistribué aussi mal que les autres. («Bravo, bravo.»)

Sir John Macdonald : Et bien, les libéraux ne se plaignent pas souvent d'être tous ensemble. Il semble qu'ils n'aiment pas la compagnie (éclats de rires). J'étais avec mes électeurs, l'autre jour  --  disons que j'espère, non, je sais qu'ils seront mes électeurs (acclamations) et je leur ai raconté cette histoire. Quand on a construit le Reform Club, à London, c'était le plus beau des clubs, et la salle de réunion était vraiment une pièce magnifique. Theodore Hook, homme d'esprit et éditeur d'un journal conservateur, fut invité au Reform Club par un ami qui désirait lui montrer les lieux. Arrivé dans la salle de réunion, son ami lui dit: «Comment aimez-vous notre salle?» Hook répondit: «Je préfère votre salle à votre compagnie» (bruyants éclats de rires). C'est comme ça chez les libéraux. Ils n'aiment pas être ensemble (rires renouvelés). Ils préfèrent s'associer à des messieurs conservateurs tels que vous. Votre présence donne le ton à leur société. Messieurs, je vais vous dire ce que nous avons fait. En premier lieu, pour prouver notre impartialité, je peux vous dire que puisque Niagara et Cornwall avaient une population inférieure à la moyenne, nous les avons éliminés, même si Niagara, représenté si efficacement par M. Plumb, allait réélire un conservateur, et si Cornwall était sûr d'en faire autant. Ces comtés allaient certainement voter pour les conservateurs, mais pour mieux répartir la population, nous les avons éliminés, nous privant ainsi de deux sièges assurés. (Une voix: Vous vous êtes sabordés vous-mêmes.)

Sir John Macdonald: Mais, selon l'opposition, nous n'avons pas assez redistribué la population dans tous les comtés. Certains comtés ont encore une petite population et d'autres, une plus grande. Mais, messieurs, nous n'avions que quatre sièges à donner  --  six, en comptant Cornwall et Niagara  --  et nous ne pouvions pas redécouper tous les 92 comtés de l'Ontario selon leur population; cependant, ce que nous avons fait va dans la bonne direction. Nous ne pouvions ajouter que six comtés, et nous nous sommes arrangés pour que, en ce qui concerne la population, quel que soit l'endroit où il y a eu un changement, nous en arrivions à une représentation proportionnelle. C'est le seul principe valable. Un gouvernement n'est pas tenu de voir à ce que certains comtés soient libéraux et d'autres, conservateurs, ni de les organiser en fonction de leurs prétendues tendances politiques. En 1874, quand le parti conservateur a balayé la carte électorale suite au supposé «Scandale» du Pacifique, nous n'étions plus qu'une poignée et la majorité des comtés ontariens étaient libéraux. En 1878, quand la population a retrouvé son bon sens et nous a réélus, la majorité était conservatrice. Qui, alors, décide des tendances politiques de tel ou tel comté? Le seul principe valable est celui de la représentation proportionnelle de la population, et c'est ce que nous avons accompli. Pour illustrer l'absurdité d'essayer de diviser les comtés en fonction de leur supposée tendance politique, considérons le Nord-ouest. Vingt, vingt-cinq, peut-être cinquante mille Ontariens pourraient aller là, cet été. Une fois qu'ils seront installés, nous devrons diviser le territoire en cantons et en comtés. Faudra-t-il découper le territoire selon les opinions politiques de la population? S'il y a beaucoup de libéraux dans un coin, devrons-nous en tenir compte, et de même pour les conservateurs? Le seul principe valable, je le répète, est la représentation proportionnelle et c'est ce que nous avons accompli. Vous savez que je suis là depuis bien longtemps; j'ai toujours été dans le gouvernement, ou presque (rires) et j'y étais en 1872 quand, en accord avec la Constitution, nous avons dû réajuster la représentation. Le recensement a lieu tous les dix ans, en 1871, 1881, 1891, et ainsi de suite. Selon notre Constitution, nous devions réajuster la représentation parlementaire après le recensement. En 1872, j'étais premier ministre, comme aujourd'hui, et le devoir m'incombait de créer en Ontario, non pas quatre nouveaux comtés, mais bien huit. J'ai présenté mon plan, comme je l'ai fait à la dernière session, et j'ai été accusé de charcutage électoral, de concentration des libéraux, de corruption, comme lors de la dernière session. Quand j'ai présenté mon plan à la dernière session, M. Blake, M. Mills, M. Mackenzie et d'autres se sont levés en Chambre pour affirmer que le plan de 1872 avait été bien fait, avec honnêteté, et ils voulaient que je le conserve. Je leur ai dit que s'ils voulaient bien relire leurs discours de l'époque, ils constateraient que, si le plan était juste et honnête, il n'en allait pas de même de leurs commentaires; que leurs attaques de 1882 étaient tout aussi malhonnêtes; que je serais dans le gouvernement en 1892, et que cette année-là, ils feraient exactement ce qu'ils font maintenant, me blâmer de ne pas conserver le plan de 1882. (Rires et acclamations et une voix: «Et le charcutage électoral de M. Mowat?») Je ne peux rien dire du charcutage électoral de M. Mowat; il n'est pas assez important pour qu'on parle de lui (éclats de rires). Il a fait de son mieux, c'est-à-dire pas grand-chose (rires et acclamations).

Une longue vie au service du pays. Messieurs, je suis très fier d'occuper la position à laquelle m'a élu la population de ce pays. Je peux, à mon âge, n'avoir d'autre désir que de mener une bonne vie dans l'opinion de mes concitoyens, et quand je mourrai, de rester longtemps dans leur mémoire (acclamations). J'ai eu une longue carrière politique, une longue vie de responsabilités officielles. J'ai commis plusieurs erreurs. En rétrospective, à la lumière de l'expérience, je sais que je m'y suis mal pris plusieurs fois, et plusieurs fois j'ai négligé de faire des choses qui auraient dû être faites; mais dans chaque acte législatif et administratif que j'ai posé, j'ai essayé, en me fiant à mon jugement, de faire ce que je pouvais pour favoriser un bon gouvernement et la prospérité future de mon pays bien-aimé.

Le très honorable monsieur Macdonald s'est rassis au milieu de longues et bruyantes acclamations.


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Traduction de : Macdonald, John A. The Dominion campaign! : Sir John Macdonald on the questions at issue before the people : the Premier's great speech before the workingmen of Toronto. [Toronto? : s.n., 1881?] 22 p.


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