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Gutenberg avait compris, comme tous les premiers imprimeurs, que le principal avantage de l'imprimerie sur le manuscrit résidait dans la possibilité de produire rapidement plusieurs copies d'un livre, et ce, de façon économique et conforme (à condition que la composition typographique soit exacte). De la même manière, les images présentées dans ces livres imprimés étaient produites à partir de blocs de bois ou de plaques de métal permettant l'impression de plusieurs copies. Les gravures en taille d'épargne, produites par procédé de relief semblable au procédé d'impression, étaient souvent incluses avec le texte imprimé. Par contre, les gravures sur cuivre -- produites par un procédé d'impression en creux ou par procédé en taille-douce -- devaient être imprimées séparément du texte et, pour cette raison, consistaient le plus souvent en planches distinctes reliées avec les feuilles imprimées.
Avant 1800, lorsqu'on imprimait un livre illustré, les formes tenant les caractères d'imprimerie étaient démantelées après l'impression de chaque feuille afin de pouvoir réutiliser les caractères d'imprimerie dans la composition des formes suivantes. La réimpression d'un livre obligeait donc l'imprimeur à remonter chaque forme. Par contre, les blocs de bois ou plaques de métal utilisés pour la production des illustrations étaient souvent conservés et entreposés après le tirage de la publication. Chaque image reproduite sans ajout d'éléments majeurs dans des tirages subséquents à partir de la même plaque est ce que nous appelons sur ce site une « retirage ». Par ailleurs, lorsqu'un graveur s'inspirait d'une illustration antérieure pour produire une toute nouvelle gravure l'illustration qui en résultait est ce que nous appelons sur ce site une « variante ».
Si un livre coûtait cher à produire, deux imprimeurs ou plus en partageaient parfois le coût, chacun recevant une part des exemplaires produits auxquels il ajoutait une page de titre portant son nom. Ces livres, portant une page de titre différente, contenaient cependant les mêmes illustrations.
Dans d'autres cas, un livre était publié sous deux formats : une version économique en format de poche et un format plus grand pour bibliothèques et collectionneurs. Les plaques utilisées pour le petit format étaient les mêmes que celles servant à illustrer le grand format, sauf que les feuillets étaient pliés. Si la demande d'un livre excédait le nombre d'exemplaires disponibles chez un imprimeur, une autre édition portant une date ultérieure était produite par le même imprimeur à partir des mêmes plaques, s'il les avait conservées.
Toutefois, même les plaques de métal avaient tendance à s'user, les détails disparaissant et les images s'estompant avec l'usage. Pour remédier à ce problème, les graveurs « restauraient » les plaques en creusant davantage les lignes et en regravant les détails perdus. Dans certains cas, des modifications importantes étaient apportées et la plaque prenait un nouvel aspect. En pareil cas, ces images sont considérées, sur ce site, comme des variantes.
Lorsqu'un tirage dépassait la demande du public, les exemplaires invendus pouvaient rester pendant des années dans l'entrepôt de l'imprimeur. De nos jours, ces surplus seraient soldés ou même utilisés comme papier recyclé. Cependant, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, ces livres constituaient une part importante de l'investissement d'un éditeur. Pour cette raison, les ouvrages étaient souvent réédités plus tard avec une nouvelle date apparaissant à la page de titre, ou vendus en vrac à un autre imprimeur. Celui-ci remplaçait alors la page de titre par la sienne, portant une nouvelle date. Dans ces deux cas, les plaques et le texte imprimé demeurent inchangés à l'exception de la page de titre. Ces illustrations sont également considérées comme des retirages, bien qu'il s'agisse en réalité de la réédition des originaux.
Au cours de la période qui a précédé la réglementation concernant les droits d'auteur, et malgré certaines mesures protégeant les droits d'un éditeur dans son pays, un livre populaire était immanquablement copié, légalement ou illégalement, par d'autres imprimeurs. On copiait aussi fréquemment les illustrations, avec plus ou moins de succès. Certains graveurs se vantaient de copier les illustrations le plus exactement possible; d'autres se contentaient de rendre l'idée générale de l'original.
Une image imprimée est une image inversée du dessin gravé sur la plaque. Un dessin copié directement de l'original sur une plaque produit donc une image inversée. Pour cette raison, plusieurs des variantes présentées sur ce site sont des images symétriques des originaux. Dans le cas d'ouvrages très populaires, notamment ceux de Lahontan, on retrouve dans toute l'Europe occidentale diverses éditions, certaines portant des falsifications visant à camoufler l'identité des imprimeurs. Certaines copies étaient déjà produites à partir de copies, d'où un produit fini ressemblant à peine à l'image originale.
Les récits de voyages étaient souvent traduits par des éditeurs étrangers. Les illustrations étaient alors copiées et interprétées par des graveurs appartenant à une autre école artistique. Il en est ainsi de la reproduction d'une illustration publiée dans le livre de Ellis, A Voyage to Hudson's Bay [. . .], copiée environ un siècle après la publication des originaux. Les autochtones dessinés par Henry Ellis ont une tout autre allure lorsqu'ils sont interprétés par un graveur parisien de la cour de Louis XVI.




![Illustration tirée du livre HISTOIRE GÉNÉRALE DES VOYAGES... de Prévost. Amsterdam : E. van Harrevelt & D. J. Changuion, [1774]](/obj/h27/f1/nlc004078-v2.jpg)
Nous espérons que ce site, qui établit la distinction entre les retirages et les variantes, donnera aux experts et aux amateurs une source de première main plus riche, plus diversifiée et plus exacte des premières images du Canada.
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